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Souris dans l’appartement : pourquoi boucher les trous ne suffit pas

3 juillet, 2026 | Conseils & Actus

Une famille du quartier Flagey remarque en octobre que des boulettes de pain disparaissent la nuit dans le placard sous l’évier. Quelques jours plus tard, elle trouve des petits cylindres noirs derrière le tiroir de la cuisine. Elle achète de la laine de verre et du plâtre au brico, bouche soigneusement trois orifices qu’elle a repérés le long du tuyau d’évacuation, et se dit que c’est réglé. Six semaines après, les traces reprennent. Même endroit, même rythme, et désormais on entend des grattements dans le faux-plafond.

Ce scénario se répète chaque automne dans des centaines d’appartements bruxellois. Le geste est compréhensible : on voit un trou, on le bouche. Mais il repose sur une hypothèse fausse, celle que la souris entre par un chemin unique qu’on peut simplement fermer.

La souris ne cherche pas un trou : elle en crée un

La souris domestique (Mus musculus) peut ronger la plupart des matériaux courants : bois tendre, carton, mousse d’isolation, joints de plomberie en caoutchouc, certains plastiques. Elle n’entre pas par un orifice existant, elle transforme une micro-fissure en passage. Un espace de moins de 6 millimètres suffit à une jeune souris. Pour les adultes, 10 à 15 millimètres sont suffisants, soit environ la largeur d’un index.

Boucher un point d’entrée avec du plâtre ou de la mousse expansive résout donc un symptôme, pas le problème. Si la colonie est déjà installée à l’intérieur des murs ou du faux-plafond, les animaux qui n’ont pas encore trouvé accès à l’appartement vont simplement chercher un autre passage. Et ceux qui sont déjà à l’intérieur continuent à se nourrir sans jamais repasser par l’extérieur.

Où les souris entrent vraiment dans un appartement bruxellois

Dans le bâti bruxellois, notamment les immeubles de rapport construits entre 1900 et 1970, les voies de passage les plus fréquentes ne sont pas les murs mais les gaines techniques. Les tuyaux de plomberie et d’évacuation traversent souvent plusieurs étages dans des gaines communes qui ne sont pas hermétiques entre appartements. Une souris installée en cave peut remonter jusqu’au troisième étage en longeant ces gaines sans jamais se trouver à l’air libre.

Les autres points d’entrée classiques sont les passages de câbles électriques et télécom dans les plinthes, les espaces entre le plancher et les murs dans les immeubles anciens, les conduits de ventilation non équipés de grilles à maille fine, les faux-plafonds qui communiquent entre appartements, et les seuils de porte donnant sur les caves ou les locaux communs. Dans les maisons, les passages sous les portes de garage ou de cave, les fissures de fondation et les interstices autour des conduits d’alimentation en eau sont également des zones à risque.

Ce que le bouchage peut faire — et ce qu’il ne fera jamais

Le colmatage des points d’entrée est une étape nécessaire, mais elle ne prend de sens que comme mesure préventive ou comme complément à un traitement actif. Pour être efficace, il faut utiliser des matériaux que les souris ne peuvent pas ronger : laine d’acier compactée, métal expansé, ou mortier avec charge métallique. La mousse polyuréthane, le plâtre ordinaire et le silicone seul ne résistent pas longtemps aux incisives d’une souris motivée.

Surtout, le bouchage doit être exhaustif. Un seul orifice oublié rend le reste inutile. Or dans un appartement ancien, les points de passage potentiels se comptent souvent en dizaines. Un professionnel de la dératisation passe en moyenne quarante minutes à cartographier les voies d’entrée avant de poser quoi que ce soit.

Pourquoi l’automne est la saison critique à Bruxelles

Entre septembre et novembre, les populations de souris qui vivaient dehors ou dans les espaces semi-extérieurs cherchent la chaleur. C’est précisément à cette période que les signalements augmentent dans les appartements bruxellois. Les immeubles mitoyens, les îlots d’habitation denses, les rues commerçantes avec arrière-cuisines et caves communes : autant de configurations qui facilitent la propagation d’un bâtiment à l’autre.

Un autre facteur aggravant est la densité de restauration dans certains quartiers. Une cuisine de restaurant mal jointée peut alimenter une colonie qui déborde vers les immeubles résidentiels adjacents. C’est un problème que les habitants des rez-de-chaussée rue de Flandre, rue du Bailli ou place Jourdan connaissent bien.

Les signes que la situation dépasse le bricolage

Quelques indices indiquent qu’on n’est plus face à une souris isolée mais à une présence installée. Des déjections fraîches chaque matin à plusieurs endroits différents signalent plusieurs individus actifs. Des traces de morsures sur des matériaux durs (câbles, tuyaux) indiquent un comportement territorial. Des grattements nocturnes dans les murs ou le plafond, persistant sur plusieurs semaines, suggèrent une colonie qui s’est installée dans la structure même du bâtiment.

À ce stade, les pièges du commerce permettent de capturer des individus isolés mais ne réduisent pas une colonie. Un traitement professionnel, qui combine la pose de stations d’appâtage sécurisées, l’identification des voies de circulation et un suivi sur plusieurs semaines, est la seule approche qui s’attaque au problème à la bonne échelle.

Ce qu’il faut retenir

Boucher les trous est utile, mais pas suffisant. Une infestation de souris se règle en trois temps : identifier tous les points d’entrée, traiter la population présente, et condamner les voies de passage avec des matériaux adaptés. Sauter l’étape du traitement pour aller directement au colmatage, c’est fermer la porte à clé sans avoir d’abord demandé aux occupants indésirables de partir.

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