Une gérante de brasserie dans le bas de la commune de Molenbeek appelle un désinsectiseur après avoir découvert des cafards dans sa plonge. Le technicien lui pose une question d’emblée : « Vous en avez vu la nuit ou le jour ? Ils étaient plats ou bombés ? Ils couraient vite ou lentement ? » Elle répond sans comprendre pourquoi ça compte. Le traitement va durer trois semaines et coûter 400 euros. Un autre technicien intervenant dans un appartement à Etterbeek pour le même motif apparent finit en quarante minutes. La différence, c’est que les deux professionnels n’ont pas traité la même espèce.
En Belgique, et particulièrement à Bruxelles, deux espèces de cafards concentrent la quasi-totalité des infestations en milieu urbain : le cafard germanique (Blattella germanica) et le cafard oriental (Blatta orientalis). Ils partagent le même nom commun, le même statut de nuisible, et c’est à peu près tout. Leur biologie, leur comportement, leurs zones de prédilection et leur résistance aux traitements sont suffisamment différents pour que les confondre garantisse l’échec du traitement.
Reconnaître le cafard germanique
Le cafard germanique est de loin le plus répandu dans les logements bruxellois, en particulier dans les appartements, les cuisines professionnelles, les boulangeries et les épiceries fines. Il mesure entre 10 et 15 millimètres, sa couleur est brun clair à beige, et il porte deux bandes sombres parallèles bien visibles juste derrière la tête, sur le pronotum. C’est son signe distinctif le plus fiable.
Il est extrêmement agile, court vite, et se montre actif dès qu’on allume la lumière la nuit. Il préfère les zones chaudes et humides situées à proximité de sources de chaleur et de nourriture : derrière le réfrigérateur, sous le lave-vaisselle, dans le boîtier des appareils électroménagers, derrière les plinthes de cuisine. Sa caractéristique la plus problématique est sa vitesse de reproduction : une femelle peut produire jusqu’à 400 descendants en six mois. Une infestation de cafards germaniques peut passer de quelques individus à plusieurs centaines en moins de deux mois si elle n’est pas traitée.
Reconnaître le cafard oriental
Le cafard oriental est plus grand, entre 20 et 30 millimètres, de couleur brun foncé à presque noire, et nettement plus lent. Il ne court pas, il marche. Il n’est pratiquement jamais actif le jour, même si on perturbe son abri. Ses ailes sont atrophiées chez la femelle et peu fonctionnelles chez le mâle : il ne vole pas.
Contrairement à son cousin germanique, il tolère bien le froid et l’humidité, et ne recherche pas spécialement la chaleur. On le trouve dans les caves, les vide-sanitaires, les canalisations, les bouches d’égout, les locaux communs des immeubles anciens, les espaces sous les terrasses. En milieu bruxellois, il est plus fréquent dans les immeubles de rapport anciens, dans les caves humides et dans les espaces techniques non chauffés. Une infestation de cafards orientaux remonte rarement aux étages supérieurs tant qu’elle n’est pas dérangée.
Pourquoi l’espèce change tout au traitement
Le cafard germanique vit en hauteur et au chaud, dans les meubles de cuisine et les appareils électroménagers. Un traitement efficace repose sur des gels insecticides appétants déposés en points précis là où l’espèce circule, combinés à un suivi serré. Les produits en spray sont peu efficaces car l’insecte évite les surfaces traitées.
Le cafard oriental vit en bas et à l’humide. Les gels sont moins pertinents parce qu’il circule rarement près des endroits où on les pose. Un traitement efficace passe par des insecticides résiduels en poudre ou en liquide dans les zones de passage (joints de plinthes, jonctions de tuyaux, seuils de cave), et parfois par des fumigènes si la cave est suffisamment confinée. Les traitements prévus pour le cafard germanique appliqués dans une cave à cafards orientaux obtiennent des résultats médiocres.
Le problème se complique encore quand les deux espèces coexistent dans le même immeuble, ce qui arrive dans des bâtiments anciens avec cave et cuisine active. Dans ce cas, un protocole à deux niveaux est nécessaire.
Les trois questions à se poser avant d’acheter un produit
Quand on voit un cafard dans son logement, trois questions permettent d’orienter l’identification avant même de contacter un professionnel. Première question : à quelle heure l’avez-vous vu ? Le cafard germanique sort souvent au moindre bruit ou lumière, de jour comme de nuit. Le cafard oriental est strictement nocturne et fuit la lumière. Deuxième question : où exactement ? Cuisine en hauteur ou zone chaude = probablement germanique. Cave, sol de couloir, zone humide = probablement oriental. Troisième question : quelle taille ? En dessous de 15 mm, germanique quasi certain. Au-dessus de 20 mm, oriental très probable.
Ces repères ne remplacent pas un diagnostic, mais permettent d’éviter les erreurs de traitement les plus coûteuses.
Ce qu’il faut retenir
Traiter une infestation de cafards sans savoir quelle espèce est en cause revient à prendre un médicament sans diagnostic. Le cafard germanique et le cafard oriental ne vivent pas aux mêmes endroits, ne réagissent pas aux mêmes produits et ne se propagent pas à la même vitesse. Identifier l’espèce n’est pas une question de curiosité entomologique : c’est la première étape d’un traitement qui va réellement fonctionner.









